Hier déjà avait lieu la dernière séance de la saison du cycle de lectures choisies pour adultes âgés ! J'ai un petit pincement au coeur car, de séance en séance, les liens se nouent, certaines personnes, au démarrage silencieuses et semblant presque ailleurs, s'expriment, réagissent, participent et mieux : elles sont en attente !

Je n'ai pas de recette miracle. Mais je passe du temps à choisir mes textes, à varier les genres, à imaginer des surprises. Le jour de la séance, je peux adapter en fonction de l'auditoire : rallonger s'ils sont très captifs ou écourter s'ils sont plus fatigués.

Alors, pour ce final de juillet, j'ai mélangé quelques contes gallo, des poésies un peu "à l'ancienne", récitations un peu scolaires type L'âne si doux et des grands poèmes classiques comme Le dormeur du Val. Je change ensuite de rythme avec un quiz sur le langage des fleurs puis nous partons tous sur des récits vécus de vacances. Pas n'importe lesquelles ! Les premières vacances, les premiers départs de cette génération qui s'est accordée peu de repos dans sa vie. Une dame explique qu'elle n'a fait son premier voyage qu'une fois mariée, mère de 3 enfants. Un texte sur "le premier maillot de bain" réveille beaucoup de souvenirs dans l'assistance : les maillots de bain en laine, tricotés par la maman, qui grattaient et étaient si lourds au sortir de l'eau...

Un dernier quiz sur les stations balnéaires célèbres et je termine avec un livre de photographies de Daniel Picouly : Les colonies de vacances, nées dans les années 1950-1960, portées par des municipalités soucieuses d'envoyer les enfants des classes populaires à la mer ou à la campagne. Elles ont donc concerné les enfants des personnes qui m'écoutent. Les étiquettes avec le prénom, les valises en carton, le montage des tentes, la toilette dans les sanitaires collectifs, les tentes, les sandwichs de tartines, la sieste, les cartes postales à envoyer aux parents...

La très bonne initiative de la Médiathèque de Betton, organisatrice de ces séances, a été d'y inviter à la fois les résidents de l'Ehpad et des personnes retraitées vivant à leur domicile, sollicitées par le biais du relais Tout'âges, sorte de Club des Anciens. Se sont donc retrouvées avec bonheur des personnes qui se connaissaient, anciens voisins-voisines, séparés depuis l'entrée des plus âgées en maison de retraite.

Plus je fréquente les "Anciens", ces adultes âgés et très âgés qu'on isole et qu'on surprotège dans des résidences très jolies, plus je suis convaincue que vivre plus longtemps n'a de sens que si on vit avec les autres, dans la société, pas en retrait. Ces temps intergénérationnels, puisque l'assistance va de 25 à 95 ans, si l'on compte les Personnels d'Ehpad qui participent avec plaisir à ce partage de textes et de ressentis, en sont la plus belle illustration.

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